Parcours d'anciens

Emeline STIEVENART
Fonction: Consultante Indépendante en évaluation d'impact social



Emeline, d'où te vient ta vocation pour l'économie sociale et solidaire ?

Entourée de mes quatre frères et sœurs, j’ai grandi en étant influencée par des valeurs chrétiennes et humanistes. Ma jeunesse a été marquée par des modèles comme l’Abbé Pierre. D’ailleurs, mes frères et sœurs sont tous « engagés » à leur manière! Mon goût pour la question sociale s’est précisé pendant mes classes préparatoires Khâgne BL: des années passionnantes où j’ai découvert et apprécié les sciences économiques et sociales. C’est en 2006 que j’ai intégré l’ESSEC. 

Et comment s'est passée la transition ? 

Au début, on se sent un peu perdue en cours de marketing ou de finance. Même si je travaillais sérieusement ces matières, je ne me voyais pas vraiment en faire mon métier. Et puis j’étais un peu idéaliste, comme de nombreux littéraires qui arrivent en école de commerce! En entendant parler de la chaire, je me suis dit « voilà ce qui va donner un sens à mes études! ». 

Quelle a été ton expérience de "chaireuse" ? 

J’ai découvert un univers riche au contact d’entrepreneurs sociaux engagés. Les idéaux que je poursuivais se sont incarnés dans une approche très pragmatique grâce à la pédagogie de la chaire. Chaque semaine, tu découvres un nouveau secteur de l’Economie Sociale et Solidaire, et tu as presque envie d’y faire ta vie! C’est la preuve que tu peux entreprendre autrement. La chaire, c’est aussi une aventure collective où se développent des relations fortes, soudées par les nombreuses sorties sur le terrain et les séjours d’études à l’étranger. Je me souviendrai toute ma vie de notre voyage au Chili à la rencontre des personnes de la rue ou des malades du centre Hogar de Cristo. En parallèle, j’ai été apprentie à la Direction des Ressources Humaines de la MACIF. J’y ai beaucoup appris sur le monde de l’ESS en découvrant un très grand acteur de l’intérieur. 

Après l'ESSEC, tu as donc poursuivi dans le conseil en ressources humaines ? 

La chaire ne te forme pas à un métier en particulier, le conseil oui. Pendant 2 ans, j’ai beaucoup appris professionnellement. Mais je ne me sentais pas toujours à ma place: mes questions un peu contestataires sur la RSE ne trouvaient pas nécessairement de réponses. L’entrepreneuriat social me manquait! Après avoir quitté le conseil, Thierry Sibieude m’a proposé un poste pour travailler sur un sujet passionnant: l’impact social. J’ai signé tout de suite! C‘est comme ça que je suis revenue à l’ESSEC début 2010, dans l’équipe de l’IIES. 

Que fais-tu aujourd'hui ? 

J’accompagne les organisations qui se posent la question de leur impact social : « à quoi sert notre action ? ». Les acteurs de l’ESS cherchent tous à agir pour le bien commun, mais ils manquent souvent d’outils pour prendre du recul, maximiser leur impact social et le valoriser. J’utilise des méthodes qui replacent les parties prenantes, et notamment les bénéficiaires, au cœur de l’action ! 

Et as-tu une idée pour la suite ? 

Une fois qu’on a goûté à l’entrepreneuriat social, difficile d’arrêter! Il y a encore plein de choses à faire pour rendre la mesure d’impact social plus accessible en France. On a d’ailleurs lancé une formation en 6 jours sur le sujet avec l’ESSEC et il faudrait créer un réseau dédié. Plutôt que de me tourner vers l’enseignement et la recherche, j’ai au fond choisi de rester à l’interface entre la théorie et la pratique pour aider les entrepreneurs « pur jus » à optimiser leur action. 

Marie-Geneviève LOYS 
Fonction: Analyste Investissements Solidaires
Entreprise: BNP Paribas 


Marie-Geneviève, comment es-tu arrivée à l’ESSEC ? 

Au début, je voulais être danseuse professionnelle! Voyant que je n’avais pas réussi à intégrer les écoles supérieures de danse, mon professeur m’a dit: « MaGe, la danse, c’est ta passion, pas ton métier. On a aussi besoin de dirigeants compétents ! ». Je me suis donc concentrée sur le management culturel, auquel je voyais déjà une forte dimension sociale. Pour soutenir des membres de ma famille atteints de myopathie, j’avais même récolté des fonds pour le Téléthon en dansant 16 heures d’affilée. C’est avec ce projet que j’ai intégré l’ESSEC en 2008. 

Du management culturel à l'entrepreneuriat social, comment as-tu fait la transition ? 

Dès mon premier stage, j’ai eu la chance de travailler pour l’Opéra Garnier. C’était exactement ce dont j’avais rêvé pendant des années, je pilotais en même temps la comédie musicale de l’ESSEC... Le bonheur! Mais je sentais qu’il me manquait quelque chose. Je m’étais lancée dans le programme Une Grande Ecole : pourquoi pas moi ? en entrant à l’ESSEC, j’avais pris quelques cours sur l’entreprise sociale, et je voulais continuer à approfondir ces problématiques fortes. Thierry Sibieude m’a un jour parlé de la finance solidaire. Je suis alors partie à la découverte de la finance en acceptant un stage en cabinet d’audit. Cela m’a plu et j’avais les qualités nécessaires à ce métier. A mon retour à l’ESSEC, ma décision était prise: je suivrais en parallèle la filière finance et la chaire Entrepreneuriat Social! 

Et là, tu plonges dans l'univers de la Chaire ? 

Cela m’a ouvert les yeux sur les enjeux de management dans la solidarité: le monde de l’ESS a besoin de cadres capables de penser les organisations au-delà des seules actions individuelles. Les journées chez Emmaüs ou les Petits Frères des Pauvres nous obligent toutefois 

à mettre les mains dans le cambouis pour garder les pieds sur terre. C’est idéal pour grandir humainement et intellectuellement! Et cela nourrit nos discussions enflammées entre « chaireux ». C’est fou de voir cette émulation: on parle, on mange, on boit Entrepreneuriat Social sans jamais se lasser. Notre séjour d’études à Montréal a vraiment été intense grâce à cette ambiance très « engagée ». 

Aujourd'hui, quel est ton métier ? 

Je suis analyste Investissements Solidaires pour BNP Paribas IP. Notre équipe gère 30 M€ d’actifs issus des plans d’épargne solidaire proposés par les entreprises à leurs salariés. Nous investissons dans des projets de l’ESS ayant un fort impact social. Les outils reçus à l’ESSEC m’aident à me poser les bonnes questions sur les besoins, les processus, la gouvernance... C’est un métier nouveau dans un secteur en essor qui n’est pas très connu des cadres seniors: les jeunes comme moi y ont toute leur place ! C’est Emmanuel de Lutzel, rencontré grâce au réseau de la chaire, qui m’a proposé de le rejoindre dans cette aventure intrapreneuriale au sein d’une grande banque française. Ensemble, on essaye de développer une vraie expertise sur le financement de l’entreprise sociale. 

Quels sont les défis qui t'attendent désormais ?

Le danger, c’est la désillusion: on retombe très vite sur terre quand on quitte la chaire. La finance solidaire et l’entreprise sociale, cela ne parle pas encore à grand monde. Il faut rester convaincu pour convaincre, savoir être patient pour ne pas se décourager et continuer d’être exemplaire dans son travail pour montrer que cela marche! Dans ce genre de domaines un peu pionniers, on se sent parfois un peu seule faute de carrière toute tracée ou d’exemples à suivre. C’est là que l’accompagnement de la chaire tout au long de notre carrière prend tout son sens!